Le questionnaire des collégiens

  1. Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?
  2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?
  3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?
  4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?
  5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?
  6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?
  7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?
  8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?
  9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?
  10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?
  11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?
  12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos œuvres ?
  13. Quel est votre cauchemar récurrent ?
  14. Quel est votre plus bel échec ?
  15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?

SIMON LEDUC (2020)

1. Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?

L’avalée des avalés de Réjean Ducharme, avec ses enfants sauvages, sa critique sociale sans compromis, son inventivité langagière, m’a habité longtemps. Pour toutes sortes de raisons, je constate qu’on apprécie beaucoup la figure des enfants et adolescents rebelles au Québec. Je pense à Bérénice de Ducharme, mais aussi à Frédéric Langlois dans Du mercure sur la langue de Sylvain Trudel, avec sa révolte contre la mort. Moins enragé mais pas moins touchant, le Mailloux d’Hervé Bouchard vient jouer dans des zones que notre littérature aime visiter.
Au collégial, on prend acte de ce que signifie la vie adulte. Souvent, ça déçoit. Je pense qu’à bien des égards, c’est tant mieux : si on ne veut pas rester déçu toute sa vie, si on ne veut pas être trahi, il faut apprendre à lutter. Même si ça poque, nos rêves en valent la peine.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

C’est une question difficile. J’ai tendance à chercher à comprendre les gens, à voir l’envers de la médaille. Je dirais que je suis souvent assez indulgent avec les personnages de fiction puisque la lecture permet de garder certaines distances, elle permet une posture éthique. Quand un personnage dérange, on repose le livre (ou on le jette). Moi, je me parle, j’essaie de justifier ma réaction, je débats devant le miroir. Ça me permet de comprendre ce qui m’agace et souvent, ça me donne des raisons de poursuivre ma lecture; je creuse mon imaginaire, je fais des tunnels vers du nouveau (mais je me ramasse pas mal toujours aux mêmes endroits).
Le dernier personnage qui m’a vraiment gossé, c’est la narratrice de De synthèse de Karoline George. J’avais de la misère à la voir s’enfoncer, s’isoler, se taire. Sa paralysie reste encore pour moi une énigme. En même temps, comme projet littéraire, c’est une réussite : j’ai parlé à pas mal de monde de mon irritation, on m’a fait voir d’autres aspects de l’œuvre. Mais des personnages qui me font vivre autant de malaise, j’en fréquente avec modération.

3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?

Rire c’est pleurer en montrant les dents
Le monde fait souvent mal et il faut apprendre à se doter de moyens de défense. Je choisis souvent le rire. Face aux pouvoirs qui se moquent de nous, voilà une réponse qui déstabilise. Le rire dit : même pas peur, même pas mal (même si c’est pas vrai).
En même temps, le rire réagit à ce qui n’est pas toujours drôle. Ça transforme la réalité. C’est un pouvoir et c’est démocratique.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire?

Tous les livres que j’aime me donnent cette envie. Parfois, quand le plaisir est trop grand, je deviens presque survolté et il faut que je déverse mon trop-plein dans des cahiers. Ça a été le cas avec White Teeth de Zadie Smith et avec La comédie infinie ou Le roi pâle de David Foster Wallace, qui m’ont conforté dans l’idée que le roman pouvait vraiment explorer des chemins éclatés et raconter la vie de multitudes de personnages plutôt que de se cristalliser sur une seule figure.
Hubert Aquin, avec Prochain épisode, m’a aussi montré comment on peut nouer plusieurs trames dans un même récit. Chez lui, les intrigues se croisent à l’intérieur même des phrases, on le lit et on hallucine. Et surtout, on se dit : moi aussi.
Et là, je viens de découvrir France Daigle avec Pas pire. C’est un livre qui se construit par morceaux, c’est chaotique et jouissif, ça atteint un haut niveau de savoir tout en présentant le génie de la langue populaire. Vraiment, un gros coup de cœur qui me donne le goût d’en faire autant.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture?

Je n’ai pas de routine imposée. L’idéal pour moi, ce n’est pas de me trouver face à ma table avec un thé oolong et de la sauge qui brûle dans mon dos. L’idéal, c’est d’aménager des capsules de temps pour écrire le plus régulièrement possible. Parfois, c’est trente-quarante minutes seulement, dans le métro, entre autres – au lieu d’y ouvrir un roman, je sors mon cahier et je plonge, le temps d’écrire une dizaine de phrases qui poursuivent un projet entamé.
Quand j’ai plus de temps devant moi (ça veut dire : en vacances mais sans enfants), je peux m’asseoir devant mon ordinateur de huit heures à midi, sortir courir, dîner, puis reprendre jusque vers 17 heures. Ça, c’est vraiment ce que je connais de meilleur.
Aussi, un bon truc, c’est de me coucher en pensant à une scène sur laquelle je travaille. Je laisse les personnages me raconter la suite. Parfois, il faut les brasser, mais ils ne se plaignent pas, et moi non plus.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire? Si oui, lequel et pourquoi ?

Tellement souvent. Je suis très fidèle dans la vie, mais je suis un lecteur polyamoureux. Je ne sais pas ce qu’il se passe dans mon corps quand je lis, mais de simples descriptions peuvent avoir beaucoup de valeur érotique pour moi. C’est étrange parce qu’essayer le contraire, c’est-à-dire penser à des belles phrases ou réciter un poème en faisant l’amour, ça donne vraiment de pauvres résultats (il faut savoir expérimenter).
Je ne sais pas toujours non plus de quoi je tombe amoureux de personnages. Je parlais d’érotisme. Pourtant, j’imagine rarement des corps très définis quand je lis. Kafka, dans une lettre à Milena, parle du sentiment qu’il ressent pour elle en lui avouant qu’il ne se souvient plus des traits sur son visage. Le gars n’était probablement pas le plus grand tombeur, je ne suis clairement pas le plus doué non plus, mais j’avoue que je peux suivre une histoire sans m’imaginer tous les traits nécessaires à une personne entière. Ces manques n’entravent pas l’attirance.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter?

Plusieurs. Je suis plutôt du genre locataire que propriétaire. J’aime les mondes qui existent par eux-mêmes et dans lesquels on peut entrer et scèner. Audrée Wilhelmy construit des univers très sensibles et étranges qui arrivent à me fasciner, c’est le genre d’espace qui n’appartient à personne, qui est trop sauvage pour être gouverné par une logique unique. J’aime bien penser qu’on peut être traversé par des espaces ou des lieux comme ceux-ci sans qu’ils nous appartiennent. J’aime ce sentiment de ne pas être pleinement en contrôle, d’être dépassé par ce qui surgit.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

Il y a quelque chose qui m’attire dans l’habitat des marmottes, des taupes ou des lemmings. Les souterrains, ces corridors qui se croisent sous nos pieds, ces chemins pour nous invisibles, ça me fascine. J’aimerais avoir cette habileté à disparaître, à me promener sans qu’on le sache et, surtout, à tracer.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

Quand j’ai décidé d’envoyer mon manuscrit dans diverses maisons, j’étais arrivé à un point où je ne savais plus comment améliorer mon texte. Je savais, par contre, qu’il faudrait y consacrer encore beaucoup de travail. J’espérais donc trouver des gens capables de lire le potentiel de mon manuscrit et qui seraient prêts à appuyer mon projet. J’ai choisi de l’envoyer à quelques maisons d’édition dont j’appréciais le travail. J’ai été très chanceux parce qu’à peine cinq ou six jours après mon envoi, Alexie Morin (tsé, celle qui ouvre son cœur) du Quartanier m’a répondu avec enthousiasme et m’a proposé une rencontre. Dans mes rêves les plus fous, c’était de là que j’espérais la plus favorable des réponses. Disons que j’étais comblé.
Ce qu’il y a de vraiment chouette de travailler avec Alexie, c’est de rencontrer quelqu’un qui comprend souvent mieux que moi ce que je fais. Sa lecture est toujours très juste et éclairante. De simples discussions m’ont souvent permis d’amener le projet plus loin.
Aussi, le Quartanier n’est pas pressé de sortir ses livres. Ça peut paraître contre-intuitif, mais souvent, on gagne à faire patienter un texte, à le poser pendant quelques semaines pour le redécouvrir plus tard. Le travail d’édition m’a permis cela et c’est le livre qui y a gagné.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer?

Je ne gagne pas ma vie en écrivant.
J’ai pensé pendant un temps que mon poste de commis à la bibliothèque de l’UQAM pouvait me satisfaire. Je faisais alors de la musique, dont je ne vivais pas non plus. Je savais que j’avais besoin de créer, et que de travailler trente-cinq heures semaine, même dans un environnement moyennement stimulant (j’avais toujours envie de me cacher avec des livres), ça ne m’allait pas. Fondamentalement, je m’ennuyais au travail.
J’ai fait ma maîtrise alors que ma copine et moi attendions notre premier enfant. Étonnamment, c’est un moment où j’ai appris à m’organiser et à travailler plus rigoureusement. Une fois mon mémoire déposé, j’ai vite obtenu des charges de cours au cégep. Ça m’a plu et ça me plaît encore, dix ans plus tard.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans?

Je ne fais pas de l’autofiction. J’ai donc l’impression, quand j’écris, de ne pas vraiment parler de moi. C’est une belle illusion.
Je ne me pose pas la question de l’origine de mes idées quand j’écris. En fait, je ne veux pas trop en savoir (une taupe se respecte), ça me permet de ne pas être gêné ni de figer l’élan créatif.
Maintenant que L’évasion d’Arthur est plus loin de moi, je commence à y voir beaucoup de mes traits. Chez les enfants autant que chez les adultes. Je me suis évadé pas mal partout dans ce livre.
Un ami m’a dit qu’il reconnaissait beaucoup nos conversations d’enfance dans ce roman. Je porte les RJ en moi. Sale de même.

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos œuvres?

Fred Savard a dit très sérieusement qu’il connaissait La descente du coude, un « groupe trad avec un petit côté punk ». Mes aïeux que c’est drôle.

13. Quel est votre cauchemar récurrent?

Fuir au ralenti.

14. Quel est votre plus bel échec ?

J’ai échoué le test d’admission à l’école internationale où étudiait mon frère. J’étais très proche de mon frère, mon aîné d’un an, au point où je ne me voyais pas faire autre chose que de le suivre partout où il allait. Quand j’ai reçu la lettre m’annonçant la nouvelle, j’ai été dévasté et j’ai braillé dans le divan du salon pendant deux bonnes heures. Pourtant, le fait d’aller ailleurs, de me retrouver seul, isolé pendant mes premières années au secondaire, même si ça n’a pas été plaisant, m’a permis de me découvrir davantage. Je ne pense pas que je me serais mis à jouer de la musique sans cet événement. Et c’est ce choix qui m’a défini, qui m’a donné l’occasion de m’inventer.
Après, je pourrais parler de mon premier concert de Noël, où j’ai massacré une toune de Pink Floyd, mais ce serait comme de dire que la musique ne m’a pas sauvé.
Is there anybody out there?

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir?

Même pas mort.

NAOMIE FONTAINE (2020)

1. Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?

Thérèse Raquin, d’Émile Zola. Je découvrais la littérature classique… !

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

Tante Lydia dans La Servante écarlate.

3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?

Kameshnetshesh, qui signifie l’écrivaine en innu-aimun. Pour moi, le travail d’écrivaine est une aventure à laquelle je ne me destinais pas. Une aventure faite de haut et de bas, de défis et de réussites. Je suis toujours curieuse de connaitre la suite…

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?

Plusieurs livres me donnent envie d’écrire. Quand je tombe sur un paragraphe qui vient me chercher, là, dans le creux du ventre, ou dans une fissure du cœur, j’ai envie d’y répondre en écrivant moi aussi. S’il faut un livre, je vais dire l’Ecclésiaste.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?

J’écris chez moi, sur la table de ma cuisine ou sur mon bureau. Je bois beaucoup de cafés. Je lis à haute voix le paragraphe que je viens d’écrire. Il m’arrive de sourire à mon écran d’ordi quand ça me plait vraiment.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Ovila Pronovost. Parce que c’est un gars de bois.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?

Un livre qui se passe avant l’arrivée des premiers Européens au Canada. Un livre qui n’existe pas, sinon dans la mémoire des vieux et les paroles léguées.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

L’ours. Parce que je suis une vraie maman ourse.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

Je crois qu’on s’est trouvés, parce qu’on avait besoin l’un de l’autre. Mon éditeur est Rodney St-Éloi et il avait envie d’entendre les voix des Premières Nations. Il est Haïtien. Et cette histoire d’exil, de dépossession de la parole, il la comprenait.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

J’aurais voulu être journaliste ou éditorialiste. L’écriture, d’une manière ou d’une autre, aurait fait partie de ma vie.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?

Dans Shuni, j’ai écrit que j’ai peur des ours. La vérité c’est que j’ai peur de tous les animaux de la forêt. Les porc-épic, les loups, les lynx, tout ce qui a quatre pattes et qui est susceptible de me sauter dessus.

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos œuvres ?

Des mois après la sortie de Manikanetish, une de mes tantes est venue me voir après une conférence. Elle s’est approché de moi et a touché mon ventre. Elle m’a dit : t’es enceinte.. ! En fait, l’enseignante dans le roman tombe enceinte et décide de quitter son poste à l’école. Ce n’est pas vraiment une critique, mais ça m’avait fait rire.

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?

Parfois dans mes rêves, j’ai une grosse envie de faire pipi. Alors je me mets à chercher une toilette, et quand je finis par en trouver une, elle est toujours très sale, qui déborde et il n’y a pas de porte. C’est affreux.

14. Quel est votre plus bel échec ?

Je ne comprends pas la musique. Les notes, les accords, les tonalités justes ou fausses. Mes sœurs m’ont souvent dit que je chantais faux. La musique est mon échec. Et c’est beau parce qu’au final, j’admire ceux qui excelle dans cet art. Admirer les autres, ça nous grandit.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?

LOUIS CARMAIN (2020)

1. Quelle est l’oeuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?

Germinal de Émile Zola

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

Les personnages de narrateur-enfant en général.

3. Si votre vie était une oeuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?

« Quel ennui » parce que je ne voudrais pas la lire ni l’écrire.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?

À la recherche du temps perdu

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?

Aucun rituel. Je bois du thé.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Non.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?

N’importe quel livre de Alvaro Mutis.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

Je voudrais : Cougar; c’est beau, on n’est pas sûr qu’il y en a encore au Québec, donc un côté mystérieux. Ce serait : probablement le rat.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

C’est lui qui m’a choisi.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Marin.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?

Certains personnages de Les offrandes

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos oeuvres ?

« Les offrandes n’est pas un polar ». En effet, ce n’est pas un polar.

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?

Je n’en ai pas.

14. Quel est votre plus bel échec ?

Un manuscrit qui traîne dans mon tiroir.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?
Deux vies; une tombe.

ÉLISABETH BENOIT (2020)

1. Quelle est l’oeuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?

J’ai lu Les Frères Karamazov, de Dostoïevski, dans le cadre d’un cours de philosophie. Il y a ce passage où un personnage raconte à un autre l’histoire de Jésus qui revient sur terre, au moment de l’Inquisition espagnole. Le Grand Inquisiteur le fait arrêter et emprisonner et lui explique qu’il n’a rien à faire sur terre, qu’il n’a rien compris aux hommes, contrairement à lui. Le discours paternaliste du Grand Inquisiteur m’a choquée, m’a donné un choc. Jamais plus la lecture d’un texte ne m’a fait cet effet.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

Les filles du père Goriot, de Balzac. C’est un peu ridicule comme choix, mais elles m’ont vraiment énervée, elles abusent tellement de leur père sans défense.

3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi ?

Si c’était l’histoire de ma vie, je lui donnerais mon nom. Elisabeth Benoit. Le nom propre permet de ne rien dire, tout en faisant miroiter qu’il y a beaucoup à dire.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?

Mon père est écrivain et j’ai décidé d’écrire des livres avant même de savoir ce que ça signifiait. Mais un premier livre important pour moi, niveau écriture, c’est L’Avalée des avalés de Réjean Ducharme. La narration au je, la caractérisation très forte de la narratrice, Bérénice Einberg, son vacherie de vacherie qu’elle répète sans arrêt, en lisant ça j’ai compris qu’écrire ça pouvait être de fabriquer une façon de parler.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?

J’écris dans le métro le matin à la main, et à la maison à l’ordinateur. Je travaille par scènes, par passages de quelques pages que je juxtapose les uns aux autres. Chaque fois que dois trouver une nouvelle scène sur laquelle travailler, je lis et relis le contenu de mon fichier notes.txt qui contient plein de bouts de texte principalement écrits dans le métro. Je travaille un passage puis un autre et finis par en choisir un, je l’allonge et je construis ainsi une scène que je colle ensuite dans le fichier principal. Le fichier principal porte le titre du manuscrit.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Honnêtement non, je ne crois pas. Sûrement d’un acteur dans un film, mais un personnage dans un livre, non, pour moi ça ne marche pas. Sûrement parce qu’il manque le corps, la présence, c’est impossible dans ces conditions-là.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?

Si je pouvais entrer et sortir du livre comme on sort d’une pièce, je dirais Le Mur invisible de l’Autrichienne Marlen Haushofer. Une femme doit survivre seule dans la forêt après qu’une catastrophe a frappé le reste du monde, dont elle est désormais séparée par un mur invisible. Elle vit avec un chien, un chat et une vache je crois. C’est la vie dure, elle passe ses journées à travailler (cultiver, couper du bois, etc.), elle compte ses dernières allumettes, il règne une atmosphère étrange. Survie, solitude, ascèse, répétition inlassable des mêmes gestes.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

Comme beaucoup de gens j’imagine, il m’arrive régulièrement d’observer les oiseaux voler dans le ciel et de les envier. Alors peut-être un oiseau. Parce que j’aimerais voler.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

J’ai envoyé mon manuscrit à une dizaine d’éditeurs, dont P.O.L éditeur, chez qui je savais qu’il n’y a pas de comité de lecture, mais un lecteur, un lecteur qui choisit, et c’est ce qui m’a attirée, et aussi leur ligne éditoriale.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

J’écris tout en ayant un emploi dans l’informatique. Je suis programmeur. Si c’était à recommencer, je deviendrais chercheuse, probablement dans le domaine de la santé (recherche sur le cancer ou sur d’autres maladies graves).

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?

A Naples j’avais vu dans la vitrine d’un magasin un crucifix avec des fleurs qui clignotaient. Je ne suis pas religieuse, ni même croyante, mais j’ai un faible pour les symboles religieux, et celui-là avec son côté kitsch m’a immédiatement plu. Mais comme j’éprouve toujours une certaine résistance à l’idée d’acheter quelque chose sur le champ, j’ai décidé de retourner l’acheter le lendemain. Malheureusement le lendemain le magasin était fermé pour les vacances d’été et ne rouvrirait qu’après mon départ. Ce crucifix trône maintenant dans le salon de Suzanne Travolta.

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos oeuvres ?

Je ne me souviens pas avoir lu ou entendu une critique loufoque ou saugrenue. Ce que j’ai trouvé drôle cependant, c’est lorsqu’un ami m’a dit avoir d’abord cru, en commençant à lire mon livre, qu’il y avait un problème, car il n’arrivait pas trop à se faire au style, aux répétitions très marquées.

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?

Je suis dans une maison, ou ailleurs, je sors un instant, je dis aux gens avec qui je suis que je reviens dans un instant, mais une fois sortie je suis complètement perdue, je n’arrive plus à retrouver mon chemin, je passe la nuit à essayer de retrouver mon chemin.

14. Quel est votre plus bel échec ?

Peut-être mes deux manuscrits précédents qui n’ont pas été publiés mais qui m’ont permis d’écrire un livre qui a été publié.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?

Mon nom avec l’année de ma naissance et l’année de ma mort. Je n’ai pas envie d’une phrase, juste mon nom.

ALEXIE MORIN (2020)

1. Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?
L’amant, de Marguerite Duras, publié aux Éditions de Minuit. C’est une écrivaine qui deviendrait très importante pour moi. Je n’avais jamais vu de livre qui ressemble à ça. Que des lettres bleues et noires, sur une couverture blanche. Aucun texte de présentation derrière. J’ai été happée tout de suite. Dès la première page : «Très vite dans ma vie il a été trop tard. Entre dix-huit et vingt-cinq ans mon visage est parti dans une direction imprévue. À dix-huit ans j’ai vieilli. Je ne sais pas si c’est tout le monde, je n’ai jamais demandé.» Elle disait des choses si graves, dans des mots si simples, avec tant d’assurance et d’autorité… Ça m’a donné envie de faire pareil.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?
Les héros m’irritent. Plus ils sont beaux et parfaits, plus ils m’énervent. Ceux qui ont reçu une mission sacrée parce qu’ils sont exceptionnels. Et ils n’en veulent pas, ça les tourmente sans fin d’avoir été élus pour sauver le monde. Ils refusent d’accepter leur destin, les merveilleux pouvoirs et la gloire qui vont avec, sans doute parce qu’ils savent qu’alors ils deviendraient insupportables. Luke Skywalker. Harry Potter. Lui, pendant sept tomes, j’ai attendu qu’il arrête de se plaindre. J’ai attendu les scènes où apparaissait le professeur Rogue, ou Sirius Black avant que la vérité sur lui soit connue. Et j’ai rêvé d’une série totalement différente dont Hermione aurait été l’héroïne.

3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?
Ce serait sans doute une blague de TDAH, comme J’ai oublié, auquel on pourrait ajouter des tomes en cas de besoin : J’ai encore oublié, Tout ce que j’ai oublié, ainsi de suite.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?
D’aussi longtemps que je me souvienne, je lis et j’écris, et mes lectures m’accompagnent dans l’écriture. Je les choisis en fonction de mes projets. Je travaille ces temps-ci sur un roman qui emprunte beaucoup à la science-fiction et à la fantasy. J’en lis donc le plus possible, question de m’assurer que je ne suis pas en train de réécrire des pages qu’on a déjà lues cent fois en m’imaginant révolutionner le genre. Dernièrement, j’ai adoré la série de N.K. Jemisin, Le livre de la terre fracturée, et La trilogie du rempart sud, de Jeff VanderMeer. Je continue sur cette voie cette année : chez les classiques, je veux découvrir l’œuvre de Samuel Delany et d’Octavia Butler; chez les écrivains plus jeunes, je compte lire Nnedi Okorafor (Qui a peur de la mort?), Marlon James (Red Leopard, Black Wolf) et Ling Ma (Severance).

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?
En ce moment, à pas grand-chose. Je manque de temps. Si, avant de me mettre à écrire, je dois avoir couru cinq kilomètres, médité quinze minutes, fait tout le ménage de mon bureau, préparé du thé vert japonais avec de l’eau réchauffée à exactement soixante-seize degrés et allumé une chandelle à la vanille, je n’y arriverai jamais.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?
Très souvent. Entre autres : la tortue ninja violette Donatello (le nerd); le méchant guerrier Jedite, dans les mangas Sailor Moon (parce qu’il était beau, et qu’on sentait bien qu’il n’avait pas toujours été mauvais); Mercutio (à cause de la scène de sa mort et de la malédiction qu’il jette sur les familles de Roméo et de Juliette); Osamu Dazaï, le grand écrivain japonais alcoolique précurseur de Mishima, dépressif et suicidaire, qui a tenté plusieurs fois d’emporter ses maîtresses dans la mort, sans jamais réussir.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?
Depuis hier, je fais défiler mes livres préférés dans ma tête, et je ne trouve rien. J’aime Le dépeupleur, de Beckett : ça se passe dans un monde-silo où l’humanité est enfermée pour des raisons que nul ne peut comprendre et où les lumières ne s’éteignent jamais. J’aime Toxique, de Samantha Schweblin : c’est l’histoire d’une femme qui part en vacances et tombe gravement malade après avoir touché de l’eau polluée, elle perd doucement la raison pendant qu’un petit garçon peut-être possédé par esprit hostile parle dans sa tête. J’aime Les clochards célestes, de Jack Kerouac, mais il n’y a pas de place pour moi dans ce livre : les grands écrivains masculins vont trouver l’illumination ensemble dans la Sierre Nevada après avoir laissé les bonnes femmes à la maison.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?
Le chat siamois. Il a souvent les yeux croches, il a mauvais caractère, mais il aime intensément, et il n’arrête jamais de parler.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?
C’était en 2006, je travaillais dans une librairie et je m’occupais de placer les livres sur la table des nouveautés québécoises. J’ouvrais des boîtes et je suis tombée sur Parents et amis sont invités à y assister, d’Hervé Bouchard. L’éditeur s’appelait Le Quartanier. J’ai lu la quatrième de couverture : «Je dors dans ma robe en bois comme l’esclave coupée d’un magicien. J’ai la tête pleine de sacres. Et puis mes jambes, mes jambes…» L’écriture était puissante et singulière, l’objet élégant et sobre. C’était parfait. Quand j’ai eu terminé mon premier manuscrit, quelque chose comme cinq ans plus tard, c’est à eux que je l’ai envoyé, en précisant dans ma lettre de présentation que j’attendrais leur réponse avant de tenter ma chance ailleurs. Ça a marché.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?
Je ne sais pas. J’ai pris la majorité des décisions les plus importantes de ma vie en pensant à l’écriture et aux répercussions que mes choix auraient sur ma pratique : étudier dans une université montréalaise, occuper tel emploi ou tel autre… Aujourd’hui, la nature me manque et j’aime m’imaginer travaillant parmi les plantes ou dans la forêt. Horticultrice? Guide de randonnée? Je ne sais pas. Ce que je voudrais par-dessus tout, c’est une maison en bois, au milieu des arbres, une grande cuisine avec des fenêtres de tous les côtés, et un garde-manger walk-in. Et une colonie de chats de grange. Et des livres partout.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?
Dans Ouvrir son cœur, on a l’embarras du choix, non? Mais je dirais que c’est la fois où je me suis déguisée en sapin de Noël à l’Halloween et que toutes mes amies ont eu tellement honte qu’elles ont passé la journée à se sauver de moi. Quoique je ne sois plus certaine de l’avoir incluse dans le livre, celle-là. Je devrais peut-être vérifier.

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos œuvres ?
«On se demande pourquoi une jeune femme comme vous, si gentille, aurait envie d’écrire des livres aussi sombres…»

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?
Je tombe. J’ai longtemps rêvé que je me penchais au-dessus de la cage d’escalier chez mes parents pour regarder au rez-de-chaussée, répondre à ma mère qui m’appelait, et que je basculais dans le vide. C’est le choc sur le plancher de bois qui me réveillait. Sinon, je rêve qu’on me poursuit parce que j’ai commis un crime quelconque et qu’on me tire dans le dos. Je me réveille au moment de l’impact, le souffle coupé.

14. Quel est votre plus bel échec ?
Au début des années 2000, le groupe punk français Bérurier Noir, que je vénérais, s’est reformé. Ils sont même venus jouer au Festival d’été de Québec en 2004. Certains de mes amis du secondaire ont décidé de faire le voyage pour assister au concert. Ils m’ont demandé si je voulais en être. J’ai dit non. J’ai dit que j’étais contre ça, les groupes mythiques qui repartent en tournée de l’âge d’or pour l’argent. C’était contraire à l’esprit même de Béru. Dans les faits, je fumais tant de pot que je n’éprouvais plus aucun désir et mon chum du temps n’avait pas envie de se taper la route. En fin de compte, les Bérus ont donné un show de légende sous la pluie battante, et mes amis ont passé deux heures d’extase dans un moshpit dont ils sont sortis couverts de boue. Je ne sais pas si on peut appeler ça un échec. Ça n’a rien de beau. Je le regrette beaucoup.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?
J’hésite entre «Elle avait raison la plupart du temps» et «La fille qui parlait trop».

LULA CARBALLO (2019)


1. Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?

Un ange cornu avec des ailes de tôle de Michel Tremblay.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

Humbert Humbert, personnage du roman Lolita de Vladimir Nabokov.

3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?

« J’avoue que j’ai survécu » un clin d’œil à l’autobiographie de Pablo Neruda intitulée « J’avoue que j’ai vécu » parce que ma vie n’a pas toujours été facile.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?

L’avalée des avalés de Réjean Ducharme.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?

Je réfléchis à mes sujets à temps plein et lorsque le moment de l’écriture arrive, je m’installe dans mon lit et j’écris pendant des heures. Ensuite, je laisse mes textes décanter pendant quelques jours et je relis, je corrige et je retravaille sans cesse.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ?

Si oui, lequel et pourquoi ? Pendant mon adolescence j’ai été amoureuse du narrateur de Carnets de naufrages de Guillaume Vigneault, car c’est un personnage charismatique.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?

Les funérailles de la grande mémé de Gabriel Garcia Márquez.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

Le chat, car toutes les caractéristiques de cet animal correspondent à ma façon de vivre.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

Je voulais travailler avec une femme éditrice, mon amie Élise Turcotte m’a conseillé Geneviève Thibault du Cheval d’août, car elle avait déjà travaillé avec elle. J’ai fini mon manuscrit, j’ai frappé à la porte de Geneviève, seule éditrice qui a reçu mon texte, et l’aventure a pris son envol.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Enfant, je voulais devenir architecte, je crois que finalement j’ai réalisé mes deux rêves, car l’écriture et l’architecture se ressemblent.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?

Mon côté irrévérencieux.

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos œuvres ?

Un lecteur m’a dit : « La tentative humoristique tombe à plat ».

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?

Je rêve souvent d’avoir empoissonné mon chat par mégarde.

14. Quel est votre plus bel échec ?

Un recueil de poésie écrit pendant une longue convalescence.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?

« Malgré tout, elle n’a pas lâché. »

KEVIN LAMBERT (2019)


1. Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?

La trilogie New Yorkaise de Paul Auster, qui m’avait absolument ébloui lorsque notre professeur, Richard Boivin, nous l’avait enseignée dans un cours de narratologie. La réflexion, par le roman, sur la littérature elle-même, sur la puissance de la fiction, mais aussi l’écriture en relation avec d’autres œuvres, le jeu des correspondances et le mystère qui s’en dégage a de quoi donner le vertige. On peut lire le livre comme une défense de la littérature dans ce qu’elle peut avoir de plus complexe, de plus insaisissable, contre les tentatives d’en domestiquer le(s) sens.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

Dans Une vie comme les autres de l’écrivaine new-yorkaise Hannah Yanagihara, il y a plusieurs personnages immondes, dont un absolument terrifiant qui s’appelle Dr. Traylor. Il faut savoir que le roman est construit comme une spirale par laquelle on découvre, morceau par morceau, les traumatismes et les violences qui sont à l’origine de la personnalité atypique de Jude, personnage que nous suivons sur près de 40 ans. Dr. Traylor est un personnage de film d’horreur cadré dans un univers réaliste. Le contraste entre ses comportements sadiques, cruels et son air calme, doucereux est à glacer le sang (sans nommer ce qu’il fait subir à Jude). On se prend d’une haine envers lui, à la lecture, parce qu’il commet tant de gestes horribles, profondément injustes. D’autant que le roman ne lui donne quasiment aucune texture. On ne comprend jamais les motivations de ses actions.

3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi ?

Une vie comme les autres, ça aurait été bien, comme titre.
Sinon, j’aime celui que porte un livre récent d’Hélène Cixous, Défions l’augure. Je ne sais pas si c’est une chose possible, de défier l’augure, mais une vie passée à essayer ne me paraît pas trop sombre destin. J’aime le « nous » que suppose le «Défions », aussi, l’idée qu’une « vie » dépasse une simple existence individuelle et peut inclure d’autres personnes, mortes ou vivantes, convoquées dans cette manière de cri de ralliement révolté contre les avenirs déjà tracés. Je pense aussi au simple titre Les années, d’Annie Ernaux, un livre qui tente le projet d’une autobiographie impersonnelle et collective.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?

Récemment, Querelle de Brest. Une partie de Querelle de Roberval est une sorte de récriture, oblique, partielle et perverse, du roman de Jean Genet. Pendant l’écriture, je lisais souvent Querelle et j’y ai expérimenté de manière très charnelle le travail d’éclaircissement (du réel, de différents problèmes et de questions) que peut avoir la lecture. Lorsque je posais une question au livre, en étant bloqué dans le mien, il me répondait et me donnait une piste que l’écriture finissait par rendre évidente, nécessaire. À chaque fois, un nouveau coup d’œil me donnait à voir une dimension inédite, colorait les passages du livre de Genet d’un éclairage différent. La lecture n’épuise jamais les potentialités en puissance pliées dans le Querelle de Jean Genet.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?

Il faut que j’écrive le matin, surtout. Je relis ce qui précède, j’écoute quelques entrevues ou je mets une musique choisie pour être au diapason du texte à faire. Le café aide. Parfois, quand l’écriture ralentit, alors je lis mes notes, souvent des fragments d’idées ou de phrases, ou encore certains livres que je chéris et qui me nourrissent, que j’incorpore dans mon texte pour dialoguer avec eux.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Bastien, dans Avec Bastien de Mathieu Riboulet. C’est un acteur pornographique que le narrateur voit sur son écran, et dont il tombe immédiatement amoureux. Lui arrive, soudainement comme une vision la conscience de la vie de Bastien : il sait et nous raconte son existence, dans une écriture portée par le désir. Le livre lui-même est un dispositif amoureux qui accueille tout de Bastien, et embrasse ses défauts, ses limites, ses deuils, ses fautes. Ce roman parvient à saisir un phénomène étrange du rapport amoureux, qui est son caractère totalisant. Je ne tombe pas amoureux d’une partie de quelqu’un, ou uniquement d’une personne telle que je la connais au présent, mais comme à rebours de l’ensemble de ce qu’elle a été, de son enfance, de son adolescence, de ses blessures passées, de ses errements présents et de ses manques à venir.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?

Dans le cycle Soifs de Marie-Claire Blais, qui met en relation la conscience de toute une communauté. Blais n’efface pas les singularités de chacun.e, mais les réitère pour les inscrire les unes par rapport aux autres, sur une même surface (celle du texte). Son roman est conscient des différences et des inégalités qui définissent les existences, mais l’écriture choisit de les penser ensemble sans les amoindrir, dans une même forme qui coule et nous rappelle qu’une vie en vaut une autre, qui en vaut une autre, qui en vaut une autre, etc. Tous et toutes sont inclu.e.s dans son univers, ils et elles participent du même monde et le roman exerce une forme d’hospitalité radicale à l’endroit de chaque personnage – même les criminel.le.s, les parias, les exclu.e.s. Soifs ne se leurre jamais sur les catastrophes contemporaines, mais chancelle entre la beauté sublime (de certains moments, des rencontres humaines, de l’art et de la littérature, de la nature) et ce qu’il y a de plus noir dans un même temps – toujours complexe, fait de retours en arrière et de prémonitions de ce qui viendra. J’aimerais vivre dans cet univers près du nôtre, lucide en contrastes jamais polarisés dans une logique binaire du bien et du mal, mais indissociablement pensés et vécus ensemble.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

Cela me rassure de l’existence que certains animaux soient capables, par leur venin ou leurs crocs, de tuer des êtres humains. Il ne faut pas voyager très loin pour apprendre que, même dans notre monde, occidental et privilégié, où tout est rangé, propre et sécuritaire, à une époque où nos villes se construisent en refoulant la nature et l’animalité vers leurs dehors, un simple petit insecte qui s’immisce, ou une bête qui rôde près des forêts, peut nous mettre en danger, voire nous empoisonner ou nous dévorer. J’aime beaucoup me le rappeler, quand je voyage, mais pas seulement, aussi quand je désespère de l’humanité, que j’ai besoin de réconfort. Je le vois comme une leçon d’humilité pour notre espèce, les humains ne devraient pas se penser comme invincibles, éternels. Je serais sans doute un de ces animaux qui incarne un péril pour l’être humain, qui le destitue momentanément de sa puissance apparente, technique : un serpent, un cobra, un tigre, une araignée. Quelque chose de très mauvais pour nous, qui ne méritons rien de mieux.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

Héliotrope publiait des auteurs que j’aimais beaucoup, chez qui je lisais des projets tendus vers une exploration formelle et thématique, mais aussi une certaine foi dans la forme du roman, dans le déploiement de la prose. La maison a un certain goût pour l’inédit, l’étrange, le baroque. Elle publie d’ailleurs des textes qu’on pourrait qualifier de «queer» depuis ses débuts, bien avant que ces questions se manifestent (timidement) dans le discours et les préoccupations médiatiques. Héliotrope appartient à deux femmes, qui la dirigent encore, et elles forment un couple. Cela me plaisait, car le milieu littéraire au Québec est encore très hétéronormatif et dominé par beaucoup des monsieurs.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Il faut savoir qu’être écrivain.e, ce n’est pas un métier. Au Québec, rare sont celles et ceux qui vivent de leurs publications. Malgré tout, le mythe persiste, et beaucoup de gens pensent encore que les auteur.e.s gagnent bien leur vie, voire qu’ils sont riches, alors que les ventes d’un livres, dont 8 à 10% nous reviennent, sont à peine suffisantes pour vivre quelques mois. En parallèle, nous continuons à travailler gratuitement parce que nous sommes «passionné.e.s» ou que cela nous apporte de la «visibilité».
Comme écrire n’est pas un métier, je répondrai que j’aimerais exercer le métier d’écrivain.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?

Ce n’est pas particulièrement « farfelu », mais il y a dans mon premier livre, parmi les éléments autobiographiques dispersés, un chapitre sur le tarot. C’est un art que je pratique, j’aime croire qu’on peut lire quelque chose de soi projeté sur les cartes. Un peu comme dans l’analyse littéraire, il faut se charger d’interpréter. Le sens n’est jamais donné, il est à construire.

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos œuvres ?

On a déjà dit de mon premier roman, Tu aimeras ce que tu as tué, que c’était une vision trop personnelle, pas celle d’une nation ou d’une génération. Comme si on écrivait pour se faire le porte-voix d’un peuple ou d’un groupe ! Je crois que j’écris précisément pour trouver une forme de dissonance d’avec l’air du temps, de déphasage d’avec le présent.

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?

Je fais rarement deux fois le même rêve, mais ceux qui me hantent le plus ne sont pas tant les cauchemars avec des monstres, des loups garous ou des vampires, que les rêves plus ambigus, ceux qui s’immiscent dans notre sommeil entre le faux et le vrai, la nuit et le jour. Lorsque nous sommes dans ces rêves, difficile de réaliser que ce sont des constructions imaginaires ; au réveil, on a brièvement l’impression que ça s’est véritablement passé, peut-être hier. Ces rêves se caractérisent par leur forte quotidienneté, avec des lieux et des personnes que nous voyons tous les jours, et provoquent plus d’angoisses que de terreurs. Souvent, dans ces rêves troublants, je commets une faute pouvant aller du retard à un rendez-vous à un meurtre involontaire, et ces actions prennent pour ma conscience rêvée des significations existentielles. Elles deviennent le symptôme d’une part de moi que je préférais ignorer, refouler. Je suis, en vérité, un être immonde, irresponsable, sans valeur, me dit le rêve. J’ai été aveugle à cette vérité tout ce temps-là. Parfois, loin du lit une fois le jour venu, je porte encore le sentiment diffus de culpabilité que provoquent en moi ces histoires vécues dans le noir.

14. Quel est votre plus bel échec ?

Ce n’est pas un «échec», bien que ce soit encore considéré comme tel, mais de ne pas être hétérosexuel est ce qui m’a permis, je crois, de me distinguer de mon milieu d’origine, de rompre avec lui. Ça a été d’abord une insulte, un défaut (au secondaire) d’incarner une sorte de ratage du masculin et de l’hétérosexualité, mais j’ai appris à habiter ce regard dépréciateur que les autres me renvoyaient, de le retourner en force, en espace vivable – ni homme ni hétéro, quelque zone marécageuse en contrebas. D’en faire le contrepoint d’où j’observe le monde des autres.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?

Je ne veux surtout pas de pierre tombale. J’aimerais, dans la mort, être débarrassé du langage. Et nu à même la terre, pour que les vers blancs grugent ma charogne.

KAROLINE GEORGES (2019)


1.Quelle est l’oeuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?

Aucune! J’étudiais en cinéma et j’avais à peine quelques cours de français obligatoires, dont un seul de littérature. Je me souviens avoir été obligée de lire Le Rouge et le Noir de Stendhal, qui m’a profondément ennuyée.

Dans mes temps libres, je lisais alors Stephen King, Mary Shelley, Kafka et Oscar Wilde, des écrivains aux œuvres un peu plus corsées, disons.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

Probablement toutes les héroïnes nunuches qui cherchent à faire rigoler avec leur pseudo-sens de l’humour qui valorise leur superficialité, leurs maladresses et la multiplication de leurs bêtises.

3. Si votre vie était une oeuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?

De la quête d’un ailleurs hors du temps et de la matière, en mode créatif. Ou quelque chose de similaire. Parce que c’est ce qui anime toute ma démarche de création.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?

La Bible en Images, un cadeau de ma grand-mère à ma première communion. Je n’ai pas reçu d’éducation religieuse et je ne sais même pas pourquoi j’ai fait ma première communion, mais j’ai encore ce livre superbe, avec des histoires incroyables de procréation sans sexe, de tête tranchée offerte sur un plateau, de résurrection et de corps de lumière. Lire tout ça à 7 ans, sans personne pour t’expliquer le contexte, ça te forge un imaginaire indestructible.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?

Ça change pour chaque livre. Pour De synthèse, j’avais besoin d’aller courir à la montagne en fin d’après-midi, le temps de laisser les idées se mettre en place, de créer à mon retour une image de mon avatar Anouk, de la poster sur Flickr, de suivre l’évolution des likes pendant quelques minutes en mode lunatique, de manger une poignée de Hot Tamales ou un mélange de carottes et de Cheetos Cheddar Jalapeno et d’écouter en boucle la pièce Welcome to Lunar Industries de la trame sonore du film Moon pour entrer en contact avec mon texte. J’écrivais la nuit, surtout, entre 23h et 6h du matin. Rien de recommandable, en somme.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Non. Et je trouve ça tragique.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?

Un roman de science-fiction se déroulant à la toute fin de l’histoire de l’Univers, pour entrer en contact avec l’intelligence absolue ayant émergé au bout de tout ce processus de vie, de mort, d’évolution, de création et de destruction…

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

Une nyctale. Parce que je vis de nuit, que je suis solitaire, un brin asociale et que je préfère observer le monde du haut d’un arbre, bien dissimulée sous un mur de feuilles. Et pour pouvoir m’envoler sans bruit quand ce que j’observe m’ennuie.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

J’ai demandé conseil à des amis. L’un d’entre eux m’a affirmé qu’Antoine (mon éditeur) était un lecteur de Clive Barker, un des écrivains qui a marqué mon adolescence. C’était suffisant pour me donner envie de lui soumettre un texte. Après, dès notre premier échange téléphonique, j’ai su que je me trouvais en présence d’un être d’exception avec une fabuleuse culture et doté d’une énergie phénoménale.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

J’aurais étudié la physique quantique. Je serais devenue une physicienne théoricienne, comme Sheldon Cooper (qui compte parmi mes personnages de fiction favoris). Je me serais intéressée à l’origine de l’Univers, au pourquoi du pourquoi. Et j’aurais probablement fini par avoir besoin d’exprimer tout ça de manière littéraire, de toute manière.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?

Une coupe de cheveux dans un étrange salon de coiffure, avec une coiffeuse immense surveillée par son mari qui ressemblait à un mélange de magicien et de mafioso. C’est un peu le point de départ de mon roman Ataraxie…

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos oeuvres ?

Honnêtement, toutes les critiques, bonnes ou mauvaises, sont un peu bizarres. Une critique révèle toujours davantage la personnalité, la sensibilité, la culture et l’intelligence (ou l’absence d’intelligence!) de celui ou celle qui la formule que ce qui se passe vraiment dans une œuvre. On entre dans un livre avec des attentes inconscientes (qui n’appartiennent pas au texte), dans un état émotionnel qui fluctue (et qui modifie notre perception du texte), avec un réseau d’influences; au final, on ne reconnait que ce qu’on connait. Et ça, c’est un sujet qui me fascine et dont on pourrait parler longuement.

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?

Je ne fais jamais de cauchemar. Et très peu de rêves. Peut-être parce que je dors avec du « white noise » depuis des années. Je dois trafiquer ainsi mon cerveau et lui imposer un plongeon dans une dimension complètement vide. Ou si ce n’est pas le cas, ça vient de me donner une idée pour une nouvelle fantastique. (Merci pour la question!)

14. Quel est votre plus bel échec ?

Un très grave accident de la route, à l’âge de 19 ans, qui m’a paralysé pendant des mois et qui a mis un terme à ma carrière de danseuse et de chorégraphe. J’ai eu l’impression que tout s’effondrait, j’ai eu envie de me débarrasser de mon corps qui était trop douloureux, mais tout ça m’a obligée à m’ouvrir à de nouvelles expériences de création, à découvrir d’autres disciplines artistiques, à devenir une artiste interdisciplinaire.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?
A quitté son corps en pleine possession de ses moyens pour explorer l’Univers autrement, sous une autre forme perpétuellement mouvante.

JEAN-CHRISTOPHE RÉHEL (2019)


1. Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?
Aucune.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?
Docteur J. W. Müller.

3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?
Tintin et les angoisses de Réhel

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?
L’œuvre de Kafka.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?
C’est trop intime.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?
Non.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?
Je suis trop grand et trop gros pour habiter dans un livre.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?
Une souris?

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

J’ai plusieurs éditeurs. Je les ai choisis pour des raisons particulières et personnelles.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Aucune idée, je ne sais pas faire grand-chose d’autre dans la vie.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?
J’ai déjà mangé des Sidekicks.

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos œuvres ?
Bonne question.

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?
Chercher une bouteille de ketchup qui n’existe peut-être pas dans mon frigo.

14. Quel est votre plus bel échec ?
J’ai beaucoup d’échecs à mon actif, peut-être même trop d’échecs. Le plus bel échec, c’est une bonne question.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?
« Wow…… »

DOMINIQUE FORTIER (2019)

1. Quelle est l’oeuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?

Un roi sans divertissement, de Jean Giono, qui, à l’époque, m’est apparu insaisissable – comme si le cœur du texte reposait quelque part hors de ma portée, comme si je le voyais mal, à travers une glace épaisse. Mais des années plus tard, lorsque j’écrivais Du bon usage des étoiles, quand est venu le temps d’imaginer la scène où Francis Crozier, prisonnier des glaces depuis des mois, se languit de la couleur rouge, c’est au sang du loup sur la neige d’Un roi sans divertissement que j’ai pensé.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

La fourmi dans La cigale et la fourmi.

3. Si votre vie était une oeuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?

J’ai toujours un mal fou à trouver des titres, que ce soit pour les livres que j’écris ou pour ceux que je traduis. Mais j’imagine que les titres qu’on choisit pour nos romans doivent aussi, d’une certaine façon, décrire nos vies.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?

Tous. Des Malheurs de Sophie à La Recherche du temps perdu en passant par le Journal d’Anne Frank, À l’est d’Eden, les Sylvie, les Achille Talon et La Nausée. Même les livres que j’ai détestés m’ont donné le goût d’écrire – pour me venger, peut-être.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?

Je n’en ai plus. Au début, il me fallait du calme, quelques heures devant moi, une fenêtre pas loin, du thé chaud, un cahier ligné au papier crémeux. Maintenant, j’écris où et quand je peux, souvent à la sauvette, parfois même directement à l’ordinateur.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Souvent. Hommes, femmes, même le python dans Gros-Câlin. Je m’attache très facilement.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?
Ce n’est pas un livre, mais une série télé. J’éprouve pour Downton Abbey, (les personnages, les décors, les dialogues) une fascination que d’aucuns pourraient qualifier d’obsessive. J’ai dû regarder les six saisons au moins trois fois chacune – en essayant de me déculpabiliser en prétendant que c’est l’équivalent d’une sorte de recherche historique…

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

L’huître, bien sûr. C’est ce que je réponds toujours à ma fille quand elle me demande quel est mon animal préféré – et chaque fois, consternée, elle m’explique pourquoi la panthère ou le renard sont supérieurs. Mais je choisis tout de même l’huître, à cause de ce qu’a bellement expliqué Jean Barbe, du travail lent, patient, silencieux, pour transformer en secret un grain de sable inattendu.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

J’ai envoyé le manuscrit de mon premier roman à un seul éditeur, Antoine Tanguay, chez Alto, qui était à l’époque une très jeune maison. Mais j’avais lu Nikolski et Un jardin de papier, qu’il avait publiés, et je les voulais comme famille pour mon livre.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

J’aurais aimé être peintre ou photographe – sans, hélas, avoir le talent de faire ni l’un ni l’autre.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?

J’ai donné à un personnage des Larmes de saint Laurent un grand danois pataud qui était le jumeau de mon Victor.

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous avez reçue pour l’une de vos oeuvres ?

Ce n’est pas une critique exactement, mais je me souviens d’avoir participé à un curieux salon « nautique » sur une péniche amarrée à un quai de la Seine. À l’époque, je n’avais écrit qu’un livre. J’étais donc assise à une table, avec devant moi une pile d’une vingtaine d’exemplaires de mon premier roman. Une dame s’est arrêtée et m’a demandé, d’un ton sincèrement admiratif : « C’est vous qui avez écrit tous ces livres? »

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?

Il m’arrive parfois de passer d’un rêve à un autre. Je crois me réveiller, mais je me rends compte, quelques minutes plus tard, que je rêve toujours, que j’ai simplement changé de rêve. Quand je finis par me réveiller « pour le vrai », j’ai beaucoup de mal à me débarrasser de l’impression d’irréalité qui m’habite.

14. Quel est votre plus bel échec ?

Avoir abandonné mes études en droit après une session, sans jamais aller voir si j’avais réussi les examens.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?

J’aime beaucoup ces quelques mots lus sur une stèle dans le vieux cimetière de Key West : I told you I was sick.

AUDRÉE WILHELMY (2018)


1- Quelle est l’oeuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?
Les enfants du Sabbat, d’Anne Hébert. C’est un texte à la fois horrifique et sublime. La liberté des personnages, la puissance de la protagoniste et sa capacité à s’adapter à des situations atroces ont grandement marqué mon imaginaire, de même que toute la dimension sataniste du roman.
Maintenant que j’y repense, je me souviens qu’avec plusieurs de mes amis qui étudiaient en arts et lettres, nous avions acheté un cahier et nous avions imaginé une sorte de «fan-fiction-cadavre-exquis» du roman. Chacun de nous écrivait une page, et finissait la dernière phrase dans le haut de la page suivante. Les pages étaient ensuite cachées par un trombone et une nouvelle personne devait reprendre l’histoire de Sœur Julie à partir de ces quelques mots…Je crois que c’est même moi qui ai eu le privilège de conserver ce précieux cahier.

2- Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?
Emma Bovary. Je la déteste parce que le sentiment d’identification, au moment où j’ai lu le livre il y a quelques années, était trop fort. Je voyais dans ce personnage d’une naïveté infinie, d’un romantisme désespérant, tous les dangers liés à l’imagination et au plaisir de la fiction. Madame Bovary, de Flaubert, est un roman qui m’a beaucoup appris, mais qui m’a profondément mise en colère. J’imagine que si je le relisais aujourd’hui, ma réaction serait tout de même très différente…

3- Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?
Si ma vie était une œuvre littéraire, je serais bien en peine de lui donner un titre. Ce n’est sans doute pas moi qui, à terme, tomberais sur la bonne expression. Je suis une épouvantable titreuse, je trouve que c’est un des aspects les plus anxiogènes de la production d’un livre. Je n’ai d’ailleurs trouvé le titre d’aucun de mes romans. Je laisserais donc ce soin à une personne qui comprend mieux cet art que moi…

4- Quel livre vous a donné envie d’écrire ?
J’ai toujours écrit, mais l’un des livres qui m’a ramenée à l’écriture et m’a plongée dans un nouveau plaisir de la langue, c’est L’amant de Margueritte Duras, parce que la liberté formelle de l’écrivaine, toujours au service de son propos, m’a moi-même libérée d’une pression grammaticale qui allait à l’encontre de certains de mes élans textuels.

5- À quoi ressemble votre rituel d’écriture?
Avant, j’écrivais en suivant une routine très précise, et surtout un horaire strict (écriture matinale, de 7h à 14h). Maintenant, je dois composer avec les contraintes d’horaire liées aux enfants et à l’accompagnement des romans déjà publiés. Certains rituels restent les mêmes ; par exemple, je bois toujours du thé noir, et je dois être assise devant une fenêtre, dans un espace où il n’y a personne d’autre que moi. Je ne peux pas travailler dans les cafés, ou quand il y a de l’activité dans la maison. D’autres rituels se sont assouplis, par exemple celui de manger impérativement un gigantesque bol de yogourt et de fruits. J’essaie de devenir plus flexible avec l’âge, mais ce n’est pas si facile.

6- Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire? Si oui, lequel et pourquoi?
Le personnage dont j’ai été le plus éprise, ça a été Anne, de Anne, la maison aux pignons verts, parce que je voyais en elle, à une époque où j’étais moi-même extrêmement romantique, une sorte d’âme sœur. Quant à être « amoureuse », je ne me souviens pas qu’un personnage masculin ait généré une affection suffisamment vive pour que je puisse le nommer ici. J’ai toujours préféré, lors de mes lectures, m’identifier à des personnages féminins forts que m’imaginer entre les bras d’un protagoniste du sexe opposé.
Oh ! Mais j’ai déjà écrit des textes, adolescente, où j’étais la fille d’Aragorn, dans le Seigneur des anneaux. Je le trouvais séduisant, solitaire, mystérieux et fort…mais encore une fois, l’idée c’était surtout d’incarner un personnage (féminin) qui aurait hérité de ses attributs (par la filiation), plutôt que d’être amoureuse de lui.

7- Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?
J’aimerais habiter l’incroyable maison qui est la protagoniste du roman Little, Big (Le parlement des fées, en français) de John Crowley. La réalité et l’univers des contes s’y frôlent d’une façon à la fois douce et naturelle. C’est une maison fabuleuse, avec une douzaine de façades différentes, au moins trois portes par pièce; une maison labyrinthe idéale pour rêver de nouveaux romans.

8- Quel serait votre animal totem et pourquoi?
Je crois que ce serait un ours. Pour le tempérament solitaire, le plaisir du calme et de la paix, pour la puissance de la colère aussi. L’ours n’est pas menaçant s’il n’est pas dérangé, mais il défend farouchement son espace et ceux qu’il aime. D’une certaine manière, l’ours me ramène à l’intériorité, il est en harmonie profonde avec son environnement, sa force se manifeste sans tapage. Il y a, chez lui, une lenteur, une tranquillité presque inébranlable, un entêtement serein qui me paraissent nécessaire à l’écriture.

9- Comment avez-vous choisi votre éditeur?
J’ai eu beaucoup de chance, mes publications, tant au Québec qu’en France, ne sont pas liées à des démarches que j’ai menées directement. Des éditrices de Leméac et de Grasset ont eu mes textes entre les mains à des moments où je ne cherchais pas à publier (dans le cas de Oss, première publication chez Leméac) ou à élargir mon lectorat (Les sangs, chez Grasset), et elles m’ont offert de travailler avec elles. Leur générosité et leur enthousiasme m’ont incitée à rejoindre les rangs de leur maison respective et je ne l’ai pas regretté depuis.

10- Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?
J’aurais aimé être ostéopathe. L’art du corps, du fonctionnement holistique de ses organes, de ses tendons, ses muscles, ses tissus, de tout ce qui le compose : voilà qui me fascine au plus haut point. Il me semble que le corps est une autre forme de langage, le seul qui soit vraiment universel. En ce sens, l’ostéopathie est mieux que l’écriture, elle permet d’entrer en relation avec absolument n’importe qui dans le monde. Et puis dans les deux cas, il faut savoir cultiver une très grande conscience de soi et de l’autre, bien que l’ostéopathie penche plutôt du côté de la bienveillante et des connaissances scientifiques, tandis que l’écriture touche davantage à l’imagination et à l’énonciation.

11- Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?
Rien de ma vie personnelle ne se retrouve tel quel dans mes romans. Ce sont plus des états émotifs, des impressions, des « courants de fond » qui m’habitent et sont transposés dans mes textes…

12- Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous ayez reçue pour l’une de vos oeuvres ?
Que je n’avais pas conscience de ce que j’avais écrit.
Quand j’ai rédigé Les sangs, certains se sont laissé berner par l’air candide que j’avais sur mes photos de presse, et ils ont pensé que j’étais une jeune fille naïve qui ne comprenait pas pleinement son propos. Quelqu’un a dit que j’avais sans doute peur de la sexualité, que je ne réalisais pas que mon texte touchait au plus près de certaines pulsions. Le ton était un peu paternaliste, mais il n’y avait pas de méchanceté dans la critique… seulement mon image avait pris le dessus sur le texte. Concrètement, je savais exactement ce que je faisais, et où je voulais aller avec ce projet.

13- Quel est votre cauchemar récurrent ?
Je rêve souvent qu’avant d’aller parler en public, j’ai une immense gomme dans la bouche, et j’essaie de la jeter avant de monter sur scène, mais il en reste toujours des morceaux qui collent entre mes dents, et m’empêche de parler. Plus j’en enlève, plus il y en a…

14- Quel est votre plus bel échec ?
Le livre qui a précédé Le corps des bêtes. Entre Les Sangs et ce nouveau roman, j’ai écrit un roman complet que j’ai jeté. La décision a été difficile, mais après coup, ça a été un moment de grande libération pour moi, et j’ai réalisé que je prioriserais, dans ma vie, la qualité de mon travail aux impératifs commerciaux liés à la publication. Cette découverte a été une grande bouffée d’air : j’en ressens encore les bienfaits aujourd’hui.

15- Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?
Je voudrais être enterrée sous un chêne. Sur une petite plaque de bronze, au pied de l’arbre, je voudrais qu’il soit écrit « Ci-gît Audrée, la très libre. Ses tresses sont mes racines, mes branches sont ses doigts. »

JEAN-FRANÇOIS CARON (2018)


1- Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e?
Il y en a eu plusieurs, parmi tous les livres obligatoires, mais aussi parmi ceux que j’ai découverts au gré de mes visites à la bibliotèque. Dans la liste de livres étudiés en classe, il faut sans contredit pointer le roman Le libraire, de Gérard Bessette, que j’ai relu à plusieurs reprises depuis. Le personnage de Hervé Jodoin, sarcastique, indifférent, détaché. Ses beuveries silencieuses (et redondantes) à la taverne. Et ce «capharnaüm» caché au fond de la librairie où il travaille, rassemblant des «livres à ne pas mettre entre toutes les mains». Cette question de la censure, qui n’est pas si éloignée qu’on le pense de notre époque, et le commerce du livre considéré comme «un produit commercial comme tous les autres»… Toutes les réflexions qu’il suscite en font un grand livre, il me semble. Qui trouve d’ailleurs sa place parmi les oeuvres citées par Alexandre et Tison dans De bois debout.

2- Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?
Il y en a deux, que je sors directement du livre Sac d’os (Bag of bones), de Stephen King, que j’ai lu pendant un de mes nombreux voyages en camion aux États-Unis. Il s’agit de Max Devory, un vieil homme riche et très influent qui peut tout se permettre, et de son «assistante», Rogette Whitmore. Dans le roman, les deux vieux forcent le personnage principal, Mike Noonan, un écrivain, à plonger dans une rivière. Puis la femme se met à lui tirer des pierres en riant, le poussant au seuil de la noyade devant l’amusement de l’autre… La scène est tout simplement horrifique, atroce, interminable, et chargée d’une douloureuse haine assumée qui fait violemment ressurgir toutes ces peurs qui nous hantent parfois, inexplicables, même adultes. Très réussi.

3- Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi?
Il faudrait que j’en parle à mon éditeur, sans doute. Parce que j’ai toujours eu beaucoup de difficulté à titrer mes oeuvres. C’est pas une farce. C’est souvent la dernière chose qui se fixe avant la mise sous presse de mes livres.
Ou alors, je ferais comme dans les musées d’art contemporain. Et j’écrirais «Sans titre». Comme ça, ceux qui me survivraient seraient bien obligés de se démerder pour y trouver un sens. Tiens toé.

4- Quel livre vous a donné envie d’écrire ?
Ce sont plutôt des contre-exemple qui me viennent en tête… Tous ces livres qui ne me satisfaisaient pas. Souvent je me suis dit que je n’aurais pas écrit une histoire comme un auteur l’avait fait. C’est cette frustration qui m’a amené à écrire moi-même. Ce que je fais n’est jamais parfait (je n’ai absolument pas cette prétention). Mais c’est à ma façon. Et c’est une bonne raison pour écrire, il me semble.

5- À quoi ressemble votre rituel d’écriture?
Pour moi, l’écriture n’a rien de sacré et ne mérite certainement pas un rituel. Je passe parfois beaucoup de temps sans écrire, puis ça me revient. J’écris quand j’en ai envie, point. Où que je sois, peu importe quand. À l’endos des napperons, sur des bouts de feuilles épars, dans des cartons de boîtes de céréales, en marge des livres que je lis. Le jour où la routine m’aura pris au point de m’imposer un rituel d’écriture, je jure de cesser d’écrire. Parce que je serai devenu un imposteur.
Surtout, ne pas être une machine.

6- Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire? Si oui, lequel et pourquoi?
Sans aucun doute possible: Fanfan, d’Alexandre Jardin. Cette liberté franche, rafraîchissante, pas toujours naïve… Elle est imprévisible, désinvolte, passionnée… Et exigeante. Je l’aime toujours, je pense. Et si ça fait bientôt dix-neuf ans que je suis avec mon amoureuse, c’est sans doute parce qu’il y a un peu de Fanfan en elle.
Juste assez.

7- Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?
Les livres que j’aime lire ne sont jamais rassurants, ni réconfortants. Ils ne sont jamais un lieu que j’aimerais habiter. Ils me bousculent, me bouleversent, me remettent en question, me brisent. Même chose pour les livres que j’écris, que j’habite pourtant pleinement au moment de la création. Ma blonde pourrait d’ailleurs vous le dire: après une séance d’écriture intensive, je suis différent, secoué, défait – pis un peu bête. Pour y survivre, j’ai besoin de me reconstruire. Ça ne m’a jamais fait de bien.
Alors, si je peux me permettre, je n’aimerais vivre nulle part ailleurs que dans ma propre vie. Ici, dans ma vieille maison blanche sertie d’ocre et de saumon, au creux de cet écrin boisé de verdure lanaudoise, avec mes chiens, mes oiseaux, mes poules, mon jardin. Et celle que j’aime. Et les enfants qu’on s’est donnés. Il n’y a pas un livre qui peut accoter ça.

8- Quel serait votre animal totem et pourquoi?
S’il ne s’agissait pas d’une évidente appropriation culturelle, je dirais «caribou solitaire». Je serais quelque chose comme une bête grégaire par essence, mais irrémédiablement destinée à se retrouver seule. Parce que j’ai besoin d’être à la rencontre des gens, mais que je m’y sens toujours un peu en décalage, maladroit.
Cela dit, comme il s’agit d’appropriation culturelle, je ne répondrai pas à cette question.
Oups.

9- Comment avez-vous choisi votre éditeur?
Parfois, on n’a pas à se choisir. C’est l’évidence qui fait le boulot. Quand j’ai rencontré mes éditeurs, quelque part en 2005-2006, ils étaient de jeunes passionnés qui tenaient à bout de bras un projet d’édition qui ne ressemblait à aucun autre. Je revois le rêve dans leurs yeux et dans toutes leurs actions alors qu’ils colportaient encore l’essentiel de leur production dans une vieille valise, rencontrant un à un les libraires pour les convaincre comme eux seuls savaient le faire. Ils sont des éditeurs de bois debout, des gens fiers et droits, qu’aucune tempête ne saurait coucher. Aujourd’hui, La Peuplade a fait ses preuves, s’est développée, est allée plus loin que là où la destinaient ses rêves les plus fous. Et chaque jour se renouvelle mon amour pour ma maison d’édition qui, encore aujourd’hui, ne ressemble à aucune autre.

10- Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?
L’écriture ne m’a jamais empêché de vivre quoi que ce soit. Quand l’écriture sera un frein, je ne la choisirai plus, c’est certain. Heureusement, c’est loin d’être le cas. Car c’est justement le fait d’être écrivain qui m’a permis d’exercer tous les métiers qui m’intéressaient. Parce qu’écrire m’a aidé à comprendre que la vie est une fiction qu’on écrit au fur et à mesure. Et qu’on a toujours le choix de ce qu’on devient, de ce qu’on est. J’ai été enseignant, camionneur, responsable de bibliothèque… et, en quelque sorte, je suis encore tout ça.
Et je me demande encore comment je vais bien pouvoir m’inventer.

11- Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?
Je le fais beaucoup. Beaucoup, beaucoup. Je crochis ma vie pour la rendre plus fictionnelle, si on veut, et je m’en sers pour alimenter la bête. Mais puisqu’on me demande quelque chose de farfelu… Cet extrait, peut-être:
«[Alexandre] lit d’abord les titres des articles, un à un, posément, et, lorsque l’un d’eux intéresse celui qui l’écoute, il lit l’article, ou la rubrique. Souvent, c’est la chronique du gars de La Presse, Foglia. Ou bien les lettres d’opinion dans Le Devoir, quand on n’y transforme pas de pauvres gratte-papiers en fossoyeurs de poésie.» (De bois debout, p. 122) Il s’agit en fait d’un clin d’oeil à une critique qui m’avait déjà été adressée personnellement dans une lettre ouverte. Voir la question suivante pour le fin mot de l’histoire…

12- Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous ayez reçue pour l’une de vos œuvres ?
Mes oeuvres n’ont jamais eu de critique bien méchante (je touche du bois!). Toutefois, un dossier que j’avais écrit pour la revue Lettres québécoises à propos des nouvelles formes de poésie et d’édition poétique m’avait attiré les foudres de quelques notables poètes… Dont l’un qui avait écrit une lettre ouverte où il me traitait, justement, de «fossoyeur de poésie». Il faut dire que l’angle de mon article me demandait de me concentrer sur les nouvelles formes de diffusion de la poésie, sans m’attarder aux poètes reconnus, et que ce biais avait pu être mal perçu.

13- Quel est votre cauchemar récurrent ?
Des animaux, partout, en quantité phénoménale. Il faut que je les soigne, je n’y arrive pas, je panique. Et d’autres arrivent encore. Ils naissent, misère. Ils se faufilent. Aarrrghhhh!
Je rêve de maisons aussi. Parfois des maisons dans lesquelles j’ai habité, mais pas toujours. Qui contiennent des pièces secrètes. Des étages inconnus. Des vices cachés. Tout ce qui se passe dans ces pièces… Oh non! Des animaux, encore! Yark, c’est une pieuvre! Elle est collée au plancher. Une pelle… Où je peux trouver une pelle dans cette foutue maison? Tiens cette porte n’était pas là tantôt. Oh, il y a un autre étage.

14- Quel est votre plus bel échec ?
Je me suis toujours servi de mes «échecs» pour avancer dans la vie. Et quand je dis toujours, je veux dire: d’aussi loin que je me souvienne. Je n’ai jamais eu l’esprit de compétition, je n’ai pas d’ambition, je ne cherche pas à briller. Pour moi, une erreur est seulement une autre façon d’apprendre. Je pense que tous mes romans reposent sur des erreurs que j’ai fini par corriger, avec plus ou moins de succès. C’est sans doute ce qui explique que ça me prenne tant de temps pour les écrire.

15- Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?
Il n’y avait pas de mot pour tout dire.

STÉPHANE LARUE (2018)

1. Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e ?

Dracula, de Bram Stoker. Surtout pour la première partie. Je la relis d’ailleurs de temps en temps. J’étais captivé, complètement absorbé par l’univers fictionnel qui se déployait sous mes yeux, et envieux en même temps. Pour la première fois, j’ai été vraiment jaloux d’un écrivain. Moi aussi, je voulais écrire avec cette puissance-là.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

Je déteste les personnages qui ne sont pas crédibles, qui sont incohérents. Je déteste les personnages stéréotypés, unidimensionnels, ou bien ceux qui ne servent qu’à faire avancer l’intrigue. Un personnage bien construit, complexe, même s’il est monstrueux, est un personnage que j’aime. Prenez le personnage de Patrick Bateman, le narrateur d’American Psycho : c’est un des personnages de pervers narcissique les mieux rendus dans la fiction. C’est un capitaliste nihiliste et un assassin. Il n’aime personne à part lui-même. Il nous dégoûte, mais on reste fasciné par lui parce qu’on arrive à comprendre ses motivations, à suivre le fil de ses pensées, et on ne peut s’empêcher de lire le livre jusqu’à la fin, ne serait-ce que pour voir jusqu’où il ira dans son délire et sa folie meurtrière.

3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi ?

C’est vrai que je puise énormément dans mes propres expériences pour en faire la matière de mes livres. Mais il y a une différence énorme entre un roman et la somme de tout ce qu’une personne peut vivre. Un roman est délimité par une structure : un contexte, un décor, une intrigue où des personnages sont transformés par des épreuves, un climax. Trouver le titre d’un roman, c’est en quelque sorte réussir à évoquer en quelques mots plusieurs de ces aspects-là. Quelques mots qui éclairent l’ensemble de leur sens poétique. Comment faire alors pour intituler ma vie? Je ne suis pas un personnage, ma vie n’est pas finie. Ce serait forcément réducteur d’essayer.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?

Plusieurs livres me donnent constamment envie d’écrire. Quand je lis un texte que je trouve fort, j’ai le goût d’y répondre en écrivant un texte aussi fort. Par exemple, durant l’écriture du Plongeur, j’ai lu des auteurs comme Junot Díaz ou Jean-François Vilar. Leur écriture me stimulait; leurs textes me donnaient envie de me surpasser, ils m’inspiraient et me rendaient impitoyable envers ce que j’écrivais. Je ne suis pas de ceux qui évitent de lire les autres de crainte d’être influencé par eux. Je lis tous les jours et je me nourris de mes lectures, j’y puise l’énergie dont j’ai besoin pour écrire. Ça m’est indispensable, vital.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?

J’écris surtout le matin. Le matin, je suis reposé, j’ai les idées en place. Dès que le café est prêt, j’attaque. Mais une journée d’écriture se prépare la veille. À ce moment-là, je consulte mes notes, je relis les dernières pages que j’ai écrites, je réécris même certains passages. Puis je dors là-dessus et j’ai tout en tête le lendemain. J’essaie d’écrire tous les jours. C’est comme s’entraîner. C’est la fréquence et la régularité qui déterminent les résultats. Écrire tous les jours me maintient dans un état d’esprit où je suis plus allumé, plus créatif, plus efficace, mes pensées sont limpides. C’est comme si l’écriture se nourrissait d’elle-même.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Tomber amoureux d’un personnage littéraire, je ne crois pas que ça me soit arrivé. Mais je suis déjà tombé amoureux d’univers romanesques. Quand je termine un roman qui m’a fait beaucoup d’effet, j’ai l’impression de perdre quelqu’un que j’aime. Par exemple, Imajica de Clive Barker, American Gods de Neil Gaiman ou même La servante écarlate de Margaret Atwood m’ont fait le coup.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?

J’habite dans les miens lorsque je les écris. Ils sont comme des chalets dans des réalités parallèles. Sinon, j’ai déjà voulu habiter le Paris ou le New York d’Henry Miller.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

Le hibou, peut-être? Je vis la nuit.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

Je pense qu’un auteur et un éditeur se choisissent mutuellement. Dès la première rencontre, mon éditeur a été un interlocuteur précieux et un lecteur hors pair. J’ai senti d’emblée qu’il comprenait ce que je voulais faire et qu’il m’aiderait à devenir l’écrivain que je voulais être.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Je suis écrivain le jour et restaurateur la nuit. Si l’écriture n’était pas dans ma vie, je dormirais le jour et je serais restaurateur la nuit.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?

Beaucoup d’aspects de ma vie se retrouvent dans ce que j’écris, mais ça n’est pas aussi simple que de prendre un fait vécu et de le copier-coller dans le roman. Je peux emprunter un trait de caractère à un ami excentrique, ou le tic nerveux d’un ancien boss, et les donner à un personnage qui n’a rien à voir avec l’un ou l’autre. Je peux raconter une anecdote hilarante, mais la recontextualiser pour en faire le contrepoint d’une scène qui se déroule dans un salon funéraire, et vous faire pleurer avec. Je peux me souvenir d’un détail insignifiant de ma vie et le transformer en un moment de tension extrême. Admettons que ça m’est déjà arrivé de vider une marmite remplie de carcasses de poulet puantes, et que le sac à vidanges fende pendant que je remonte l’escalier du sous-sol pour aller le jeter dans la ruelle. C’est le genre d’histoire dont on rit bien quand on la raconte à ses chums autour d’une bière, et dans Le plongeur c’est un moment d’horreur pure. En somme, est-ce vraiment important de savoir si ça m’est déjà arrivé, si ça m’est déjà arrivé comme ça, ou autrement?

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous ayez reçue pour l’une de vos œuvres ?

Des lecteurs m’ont dit qu’après la lecture de certains passages du Plongeur, ils avaient eu envie de prendre une douche pour se décrasser. Ça ne doit pas arriver très souvent que la lecture fasse cet effet à quelqu’un.

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?

Je rêve d’une présence maléfique, et elle me révèle qu’elle est aussi dans mon appartement, voire dans ma chambre pendant que je rêve d’elle. J’essaie donc de me réveiller pour l’affronter, protéger ma maison, mais je n’y arrive pas, je reste paralysé dans le sommeil. Un rêve qui était déjà un cauchemar mute pour devenir un autre cauchemar pire encore.

14. Quel est votre plus bel échec ?

J’ai été refusé à l’université quand j’ai essayé d’y entrer une première fois, autour de mes vingt ans. Ça a complètement perturbé le parcours que je m’étais fixé. Je me suis rendu compte qu’au fond, je me l’étais fixé sans me poser de questions. C’était ce que je devais faire selon le système scolaire, ce que tous mes amis faisaient. Et moi, j’allais devoir me trouver un autre projet. Ça m’a sorti du confort, de la paresse et de la pensée magique dans lesquels je trempais à l’époque.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?

« Il n’a pas eu le temps de tout lire. »

JEAN-PHILIPPE BARIL GUÉRARD (2018)

1. Quelle est l’œuvre lue dans le cadre de vos cours de littérature au collégial qui vous a le plus marqué.e ?

Maison de poupée, de Henrik Ibsen.

2. Quel est le personnage fictif que vous détestez le plus ?

Tous les personnages de Ramdam. Vos maudites adresses au public, ça a jamais marché.

3. Si votre vie était une œuvre littéraire, quel en serait le titre et pourquoi ?

« Assez parlé de moi, parlons de ma vie. » J’ai un très gros égo.

4. Quel livre vous a donné envie d’écrire ?

Le grand cahier, d’Agota Kristof.

5. À quoi ressemble votre rituel d’écriture ?

J’en ai pas. Je passe beaucoup de temps à réfléchir, puis à rechercher (en lisant, en faisant des entrevues). Ça mijote très longtemps (des mois). Puis quand j’ai une fenêtre de quelques semaines, j’en profite pour écrire de manière très intense. J’ai pas le temps et j’aime pas ça de toute façon m’installer devant un écran blanc pour trouver l’inspiration. Si je m’assois pour écrire, c’est que je suis prêt, et que ça doit sortir.

6. Avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse d’un personnage littéraire ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Non, pas vraiment. Je suis littérairement frigide.

7. Dans quel livre aimeriez-vous habiter ?

Dans American Psycho.

8. Quel serait votre animal totem et pourquoi ?

Un chien. Je suis social, sympathique, et un peu éparpillé.

9. Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

Il est venu voir une pièce que j’ai écrite et mise en scène en 2010. Il m’a dit qu’il publiait pas de théâtre mais que si jamais je voulais écrire un roman, il voudrait bien me publier. Je lui ai dit que ça ne m’intéressait pas. Finalement, j’en ai publié deux chez lui.

10. Si vous n’aviez pas été écrivain, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Je fais plein d’affaires, je suis très chanceux pour ça. Je serais vraiment malheureux si je faisais qu’écrire, dans la vie.

11. Quel est l’aspect ou l’élément le plus farfelu de votre vie personnelle que vous avez déjà intégré à l’un de vos romans ?

Me faire crisser là sur une île qui est reliée au continent qu’avec un seul traversier par jour.

12. Quelle a été la critique la plus saugrenue/loufoque/bizarre que vous ayez reçue pour l’une de vos œuvres ?

Quatre filles m’ont accusé d’avoir volé leur vie personnelle pour un même personnage. Aucune d’entre elles n’était l’inspiration pour le personnage.

13. Quel est votre cauchemar récurrent ?

Me réveiller seul sur l’île qui est reliée au continent qu’avec un seul traversier par jour.

14. Quel est votre plus bel échec ?

Me faire crisser là sur une île qui est reliée au continent qu’avec un seul traversier par jour.

15. Quelle épitaphe aimeriez-vous avoir ?

« Il a quand même réussi à survivre tout ce temps sans se faire assassiner. »

PAN BOUYOUCAS (2017)

1. Quel livre a marqué vos 18 ans, vous accompagne-t-il encore aujourd’hui?

C’est plutôt les livres d’un auteur, Henry Miller. Auxquels je ne pense plus depuis que je suis devenu moi-même écrivain.

2. Quel est votre plaisir coupable de lecture?

Les potins et faits divers de l’Internet.

3. Quel personnage de fiction aimeriez-vous avoir pour ami?

Sheherazade.

ÉRIC DUPONT (2017)

1. Quel livre a marqué vos 18 ans, vous accompagne-t-il encore aujourd’hui?

Le cœur découvert (Michel Tremblay).

2. Quel est votre plaisir coupable de lecture?

Je ne me suis jamais senti coupable dans le plaisir.

3. Quel personnage de fiction aimeriez-vous avoir pour ami?

Le Passe-Muraille de Marcel Aymé.

JOCELYNE SAUCIER (2017)

1. Quel livre a marqué vos 18 ans, vous accompagne-t-il encore aujourd’hui?

C’est vers 18-20 ans que j’ai ouvert ce livre et que j’ai lu Tout m’avale. Quand j’ai les yeux fermés, c’est par mon ventre que je suis avalée, c’est dans mon ventre que j’étouffe. Le choc! On peut écrire comme ça, à partir du ventre, avec des mots que j’entends autour de moi! J’ai lu L’avalée des avalés comme si je n’avais jamais rien lu de ma vie. Mais je ne l’ai pas relu. Mon exemplaire tout jauni se défait dans mes mains quand je le sors de ma bibliothèque. Ce n’est pas pour ça que je n’ose pas le relire. Je veux garder intactes mes émotions de jeune lectrice.

2. Quel est votre plaisir coupable de lecture?

Un plaisir coupable de lecture… je cherche, je cherche et je ne trouve pas. Je lis ce qui est pour moi et quand ça ne l’est pas, j’abandonne le livre assez vite, trop vite parfois, ma culpabilité est là, parfois.

Je cherche, je cherche encore… et je trouve, très loin en arrière… un été d’ennui à Barville, petite ville minière qui n’existe plus, et les photoromans que j’ai lus en quantité industrielle chez mon amie Diane avec délectation (c’est tout ce qu’il y avait à lire dans ma petite ville fantôme) et culpabilité (je savais qu’il y avait mieux à lire en ce monde).

3. Quel personnage de fiction aimeriez-vous avoir pour ami?

Mafalda, devenue adulte. Je l’aime déjà beaucoup en petite fille questionneuse, avide du monde, qui cherche un sens à tout ce qui l’entoure de près ou de loin. J’avais une amie qui était comme ça.  Nous allions au cinéma ensemble et au retour, elle n’en finissait pas de se questionner sur le ceci et cela du film. Mon amie n’est plus, je l’ai perdue il y a trois ans.

J’aimerais bien une Mafalda qui aurait mon âge et avec qui je pourrais poursuivre nos conversations.

LOUIS HAMELIN (2017)

1. Quel livre a marqué vos 18 ans, vous accompagne-t-il encore aujourd’hui?

Je ne me souviens plus si c’était à 17 ou à 19 ans, mais j’opterais pour Le vieil homme et la mer de Hemingway, pour la grandeur du combat autant que pour la brièveté du texte. Le culte que je voue à cette histoire parfois présentée comme une longue nouvelle n’est même pas ébranlé par le fait que son traducteur, l’académicien français Jean Dutourd, a traduit « Red Sox de Boston » par « Les Bas rouges de Boston »… Hemingway n’est plus très « politiquement correct » aujourd’hui. Raison de plus pour le lire !

2. Quel est votre plaisir coupable de lecture?

Les histoires d’espions. Tout ce qui concerne l’espionnage me passionne au plus haut point. Comme je l’ai déjà mentionné dans une chronique, la nuit, pour m’endormir, au lieu de compter les moutons, il m’arrive de passer en revue des opérations du Mossad (services secrets israéliens)…

3. Quel personnage de fiction aimeriez-vous avoir pour ami?

Nathan Zuckerman, l’alter ego de Philip Roth et le narrateur de plusieurs de ses romans… J’aurais aimé, peut-être, qu’il me fasse visiter New York, mais plus encore le rencontrer dans son ermitage, au bout du rang de campagne complètement isolé où il vivait seul et pondait à un rythme effarant un roman de 400 pages après l’autre…

MARC SÉGUIN (2017)

1. Quel livre a marqué vos 18 ans, vous accompagne-t-il encore aujourd’hui?

Je me souviens avoir découvert Anne Hébert à 18 ans. Kamouraska. Bouleversé par cette lecture. Par l’intensité des sentiments et par notre hiver.

J’ai tenté de le lire à nouveau l’été dernier. Malheur. J’ai eu peur d’effacer ce qui avait traversé les années jusqu’ici. Alors j’ai abandonné, préférant les souvenirs.

2. Quel est votre plaisir coupable de lecture?

Plaisir coupable ? Très certainement le Journal de Montréal quand je mange dans un casse-croûte ou un « diner ». Et je commence par l’horoscope.

3. Quel personnage de fiction aimeriez-vous avoir pour ami?

Personnages de fiction comme ami ? Tous les animaux des Fables de Lafontaine. J’adore les animaux qui parlent de nous.

MYRIAM BEAUDOIN (2017)

1. Quel livre a marqué vos 18 ans, vous accompagne-t-il encore aujourd’hui?

Madame Bovary. Son essence romantique, son pouvoir descriptif, ses ambiances, sa lenteur, m’habitent en tant que femme et écrivaine.

2. Quel est votre plaisir coupable de lecture?

Il n’y a pas, selon moi, de plaisir coupable de lecture. Ne nous sentons pas mal de lire tout ce qui nous intéresse.

3. Quel personnage de fiction aimeriez-vous avoir pour ami?

Da, la grand-mère de de Dany Laferrière, très présente dans son œuvre.

DANIEL GRENIER (2017)

1. Quel livre a marqué vos 18 ans, vous accompagne-t-il encore aujourd’hui?

Le comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas. Ce livre m’a marqué pour la vie, plusieurs images continuent de me hanter : le tunnel du père Faria, les récifs dangereux du château d’If, les yeux clignotants de Noirtier. Il a toujours une grande influence sur ma démarche puisqu’il représente ce que la littérature romanesque peut faire de mieux : nous apprendre des choses tout en nous divertissant et en nous permettant d’oublier à quel point elle nous manipule pour nous emmener là où elle le veut bien.

2. Quel est votre plaisir coupable de lecture?

À une certaine époque, j’aurais peut-être répondu que Stephen King était un plaisir coupable, mais ces dernières années, la vision de ce qu’on appelle les littératures de « genre » a bien évolué, et plus personne ne se moquerait de l’œuvre d’un géant du roman comme King. On sait bien, tous et toutes, qu’on ne lui arrive pas à la cheville.

3. Quel personnage de fiction aimeriez-vous avoir pour ami?

J’aurais aimé être l’ami de Jo March, la protagoniste des Quatre filles du docteur March, de Louisa May Alcott. Entre autres parce que Jo est écrivaine, et je sais qu’on aurait pu parler de plein de choses ensemble. Et aussi parce que j’aurais aimé pouvoir la consoler lorsque sa sœur Amy, après une dispute, a brûlé son manuscrit en chantier pour se venger. Une des premières scènes de manuscrit perdu de la littérature moderne. Chaque fois que je la relis, j’ai un pincement au cœur et je m’empresse de faire des copies de mes projets en cours sur mon disque dur externe.

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